L’Espagne est championne du Monde !

Le Lundi 12/07/2010 à 15:31

Tout était prêt pour assister au sacre mondial des Pays-Bas ou de l’Espagne. Quel que soit le résultat, nous allions pouvoir admirer un nouveau visage à la tête du football. Ce destin si particulier qui caractérise les joueurs d’exception capables de remporter un Mondial a d’ailleurs semblé paralyser les acteurs de la rencontre.116 minutes, c’est en effet le temps qu’il aura fallu à Andres Iniesta et à l’Espagne pour se dépêtrer du piège, pourtant annoncé, tendu par le jeu hollandais (1-0, a. p.).

Source : Uefa.com

Les gentils espagnols en 4-2-3-1 mettent le feu (0 – 12ème)

Car cette finale avait une puissante dimension dramatique. Pays-Bas – Espagne, c’était un peu les méchants contre les gentils, le football sale opposé au jeu champagne, les coups répondant aux dribbles. Et loin d’abandonner leur rôle pour proposer quelque chose de surprenant, les Néerlandais ont pleinement assumé leur statut de bouchers, charcutant à loisir le thorax, les genoux ou les pieds de leurs adversaires espagnols du soir. Au menu orange, récupération rigoureuse, défense rugueuse et jeu truqueur. Les hommes de Bert Van Marwijk ont déployé toutes les armes, souvent à la limite de l’honnêteté du jeu, qui leur avaient permis d’arriver jusque là.

Comme devant un Walt Disney, on ne tardait donc pas à se ranger du côté des gentils espagnols, à l’image de leur Casper de poche, Andres Iniesta. Et en douze minutes, la messe manqua trois fois d’être dite et de sanctifier la communion espagnole. D’abord par Sergio Ramos dont la tête plongeante faisait suite à un magnifique coup-franc excentré de Xavi où il fallait toute la détente et toute la promptitude de Sketelenburg pour voir le ballon claqué sans que ni Capdevila, ni Piqué ne puissent reprendre (5ème).

Source : Tf1.fr

Ensuite, ce fut l’une des rares constructions axiales payantes qui mettait en péril la maison orange. Busquets servait aux trente mètres David Villa. Dans un rôle de « pivot décrochant » relativement inhabituel pour lui, il décalait ensuite Ramos monté sur l’aile droite. Rentrant dans la surface, le Madrilène osait un centre-tir à mi-hauteur très fort. Trompé, le portier néerlandais ne pouvait cette fois-ci s’en remettre qu’à l’anticipation de Heitinga qui sauvait sur sa ligne (11ème). Dans la foulée, le corner joué en deux temps voyait Xavi adresser un magnifique centre au deuxième poteau à David Villa qui hasardait une reprise de volée du gauche, non cadrée (12ème).

On avait à peine eu le temps de vérifier que les deux formations étaient les mêmes que la Roja avait failli ouvrir le score à trois reprises ! Du côté espagnol, Vicente Del Bosque (à gauche sur la photo) avait ainsi reconduit la même équipe que celle qui avait vaincu l’Allemagne. Dans ce 4-2-3-1 volontairement axial, le capitaine Casillas gardait toujours les cages derrière une ligne défensive composée (de gauche à droite) de Capdevila, Puyol, Piqué et Ramos. Devant, la doublette récupératrice Xabi Alonso-Busquets avait pour objectif d’alimenter en ballons une attaque formée par le trident Pedro-Villa-Iniesta avec un Xavi à l’orientation du jeu, légèrement en retrait.

Pour Bert Van Marwijk (à droite sur la photo), le 4-2-3-1 tenait davantage à ses deux ailiers polyvalents : Kuyt autant défenseur qu’attaquant et Robben autant artilleur que centreur. On retrouvait donc Sketelenburg dans les cages, le capitaine Van Bronckhorst au poste de latéral gauche puis Mathijsen, Heitinga et Van der Wiel. Le duo récupérateur composé par de Jong et Van Bommel allait se révéler décisif tandis que l’attaque, pourtant magnifique sur le papier, peinait toujours autant à construire avec Kuyt à l’aile gauche, Sneidjer en n°10, Robben sur le flanc droit et Van Persie en pointe.

Les Pays-Bas cassent… (12ème – 29ème)

Les Oranges avaient déjà concédé trois occasions franches. Comprenant que comme face au Brésil et à l’Uruguay, ils auraient les pires difficultés à contrer un jeu technique et rapide, bref tout ce qu’ils n’ont jamais su faire durant ce Mondial, les coéquipiers du désormais célèbre Van Bommel ont donné dans le bourre-pif, la pêche, le coup de pied assassin, la provocation et même parfois la simulation…

Source : Ladepeche.fr

Jamais une finale n’avait vu autant de cartons jaunes distribués par un arbitre. Monsieur Howard Webb a sanctionné quatorze joueurs différents au cours de cette rencontre dont sept en cinquante minutes (12ème – 62ème).

C’est Van Persie qui lançait les hostilités avec une deuxième faute grossière sur une récupération plus agressive (15ème). Premier carton jaune venant sanctionner déjà trois ou quatre actions hollandaises déjà très proches de l’antijeu. Il n’en fallait pas plus à Carles Puyol, déjà crispé par la tension lors des hymnes, pour lui aussi commettre une faute impardonnable. Robben commençait sa série de chutes habiles mais ce sandwich-double-marquage dont Puyol faisait partie était bien une faute jaune (16ème).

Le premier geste à la frontière du rouge fut commis, évidemment, par Mark Van Bommel. Néanmoins, soucieux de préserver l’événement que représente une finale de Coupe du Monde, M. Webb hésitait et ne brandissait qu’un jaune alors qu’il s’agissait d’un fauchage des deux pieds, par derrière, d’Andres Iniesta (22ème). Comme si l’Espagne sentait l’emprise changer de dimension pour passer de la technicité vers la brutalité, l’orgueilleux Sergio Ramos répondait avec un tacle en retard sur Kuyt (23ème).

Montrant ainsi qu’elle ne se laisserait pas marcher dessus sur un terrain prétendument physique, l’équipe espagnole ne pouvait cependant pas concurrencer de Jong. Le milieu néerlandais testait encore une fois la crainte de M. Webb de condamner le match avec carton rouge en plaçant un coup de pied frontal sauté sur la poitrine du costaud Xabi Alonso (photo) qui mettait quelques instants à s’en remettre. De Jong sait qu’il pourra aisément se reconvertir dans l’Ultimate Fighting (29ème). En attendant, l’homme noir lui mettait également un jaune.

… et cadenassent (29ème – 62ème)

Source : Francesoir.fr

Sur le plan tactique, il est évident que les Pays-Bas ne pouvaient pas « tenir » le match seulement en commettant des fautes. Le schéma récupérateur mis en place par Van Marwijk, très gourmand en énergie, fonctionnait à merveille. On le sait, l’Espagne aime maladivement jouer dans l’axe, d’abord parce que c’est un beau football qui donne du plaisir à ceux qui le pratiquent, ensuite parce qu’avec six Barcelonais sur le terrain (j’exclus Villa qui vient seulement d’être transféré au Barça), le jeu court, rapide et à une ou deux touches de balles est déjà mis en place. L’entraîneur n’a donc pas à tenter de créer des automatismes, il se « contente » de s’appuyer sur ce que les joueurs savent déjà faire ensemble.

Mais en revanche, il peut proposer des schémas offensifs. Pourtant, la Roja a produit quasiment toutes ses actions selon quatre mêmes idées en demi comme en finale :

1) les ballons aériens en profondeur axiaux ou vers les ailiers partant du pied du défenseur central Piqué (axe droit) et/ou du milieu récupérateur Xabi Alonso (axe gauche) ;

2) Xavi qui redescend dans le rond central pour chercher le ballon après une récupération de Busquets (ou de Xabi Alonso) pour solliciter les une-deux rapides avec Iniesta, Villa ou Pedro et remonter ainsi le terrain progressivement ;

3) les montées fréquentes du latéral droit Sergio Ramos qui permettent de donner de la largeur au jeu, de disposer d’une magnifique machine à centrer mais aussi d’étirer la défense adverse ;

4) les permutations incessantes entre Pedro, théoriquement attaquant de soutien dans l’axe gauche, et Iniesta dans l’axe droit. Ces permutations ont pour dessein d’éviter que la défense adverse ne s’habitue aux dribbles ou au style de l’un ou de l’autre.

Ainsi, durant près de cinquante minutes, l’Espagne a manqué complètement de lucidité. Ne variant pas ses schémas et souhaitant prioritairement faire la différence grâce à sa colonne vertébrale Piqué-Xabi-Xavi au lieu de proposer un jeu plus au large, au moins par fragments, la sélection de Del Bosque a facilité le travail récupérateur des Hollandais. A la manière d’un Schweinsteiger face à Messi lors d’Allemagne-Argentine, Van Bommel n’a jamais lâché Xavi (photo) et s’est ainsi retrouvé à jouer au niveau de Sneijder, transformant le 4-2-3-1 hollandais en véritable 4-1-4-1. Van Persie s’est quant à lui chargé de pourrir les ballons de relance de Piqué tandis que Sneijder s’occupait de manger Xabi Alonso. En trois mouvements, la Hollande a mis l’Espagne en échec par la rigueur de son placement défensif, monté de vingt mètres après le premier quart d’heure de jeu. Celui qui avait manqué de leur être fatal.

Empêtrée dans son orgueil de refuser la variation, l’Espagne a frôlé plusieurs fois la punition. Heureusement pour elle, Casillas ne relâchait pas le ballon puissant tiré par Sneijder sur un coup-franc des quarante mètres (18ème) tandis que le double-marquage était efficace au dernier moment face à Robben sur l’aile droite (20ème). Ensuite, c’est sur un ballon prétendument rendu aux Ibériques que les Hollandais manquaient de tromper la vigilance de Casillas, pratiquement lobé… (34ème). Certes les Pays-Bas ne se créaient des situations intéressantes que sur coups de pied arrêtés mais il s’en fallait de peu que Mathijsen ne parvienne à conclure une splendide combinaison sur un corner tiré par Robben de la droite et relayé par Van Bommel aux vingt mètres (38ème).

Source : AFP

Conjuguée à la récupération rigoureuse, l’entreprise d’intimidation faisait son œuvre et Sneijder venait encore mettre une semelle sur le genou de Busquets, mais cette fois-ci sans prendre un carton jaune (44ème). On ne jouait donc quasiment plus puisque les Espagnols paraissaient clairement inquiets à l’idée de prendre un nouveau coup alors que les Hollandais, eux, ne parvenaient pas à produire du jeu. Ceci peut s’expliquer aisément : la Hollande jouait sur une trop grande largeur de terrain or elle ne pratiquait à aucun moment les transversales ou les diagonales permettant de brutalement changer d’aile et donc de profiter de l’oxygène que génère cette tactique… Jouant trop loin les uns des autres pour essayer de se trouver seulement au sol, les Bataves ne posaient que très peu de problèmes à l’arrière-garde espagnole. Finalement, les coups de pied arrêtés étaient les seules munitions dont ils disposaient et ils étaient toujours obtenus sur un exploit individuel de Robben ou de Sneijder…

C’est d’ailleurs Robben (photo) qui trouvait le cadre par deux fois. Dans son exercice préféré consistant à repiquer dans l’axe, dribbler deux joueurs puis frapper au but, il mettait à contribution Casillas mais sans lui causer de réelles frayeurs (45+2ème et 52ème). Van Bronckhorst prenait à son tour un jaune pour avoir stoppé irrégulièrement Ramos (54ème) avant que Heitinga n’emporte les deux jambes de Villa et ne soit lui aussi sanctionné (55ème). Ayant sorti préalablement le ballon, l’Espagne voyait la Hollande lui rendre le ballon mais de manière détestable. Van Bommel avait en effet choisi de trouver une touche, comme en rugby, à dix mètres de la ligne de six mètres de Casillas. Et ses coéquipiers firent le pressing au lieu de laisser l’Espagne remonter au moins jusqu’à la ligne médiane !

On s’ennuyait donc sec et on se frustrait de voir la Hollande tenir. Eteint physiquement après sa grande performance face à l’Allemagne, Pedro était le premier remplacé du match, laissant Jesus Navas prendre les devants (60ème). Mais le joueur du Séville, à peine rentré, n’avait que le temps de constater l’efficacité de la nouvelle tactique mise en place par Van Marwijk à la mi-temps. Resserrant son équipe sur la largeur de la surface de réparation, les Hollandais se trouvaient bien plus facilement. Robben était ainsi lancé dans la profondeur par un Sneijder en déséquilibre. Mais le joueur du Bayern Munich tardait trop à frapper, laissant la sortie de Casillas couvrir l’angle des buts (62ème).

L’Espagne enfin victorieuse ? (62ème – 90ème)

Source : Euronews.net

A ce moment de la partie, on ne pouvait que constater les dégâts d’un choix tactique espagnol pour le moins surprenant. Vicente Del Bosque n’a eu de cesse d’attaquer le problème hollandais sur l’aile droite, c’est-à-dire là où sévissait l’expérimenté Van Bronckhorst. Certes, il fallait palier les problèmes de relance et de construction axiales, mais pourquoi ne pas avoir sollicité davantage Van der Wiel sur l’aile droite hollandaise et placer Iniesta de ce côté-là, c’est-à-dire sur le flanc gauche espagnol ? Et d’une parce que Van der Wiel a prouvé qu’il n’était pas l’assurance tous-risques, et de deux parce que cette variation aurait tout de même pu créer des brèches dans l’axe dans un système en quinconce. Imaginez que Xabi Alonso ou Busquets passent sur les ailes au lieu de jouer dans l’axe, et qu’Iniesta ou Pedro progressent grâce aux montées de leurs défenseurs latéraux ? Il y aurait eu des espaces pour Xavi et Villa dans l’axe…

Mais quoi qu’il en soit, le jeu espagnol a également été annihilé par le fait que l’équipe hollandaise a tassé son bloc sur quarante mètres avec une ligne défensive à trente mètres de ses buts. L’Oranje avait donc parié sur le fait que les ballons en profondeur pour Villa seraient très peu nombreux puisque Xabi et Piqué étaient mordus au milieu.

Malgré cette semi-défaite tactique, l’Espagne avait toujours le ballon et sa technicité la maintenait en vie en dépit du temps qui défilait. Mieux, elle faillit être récompensée. Penchant une fois encore sur l’aile droite, l’Espagne profitait de l’entrée de Jesus Navas qui débordait un Van Bronckhorst fatigué et centrait au deuxième poteau où Villa pouvait frapper immédiatement du gauche. Heitinga, qui s’était troué dans un premier temps, sauvait une nouvelle fois son équipe en effectuant une toupie au sol et en taclant le tir (70ème). Sept minutes plus tard, le double une-deux entre Xabi Alonso et Villa enfonçait complètement l’axe droit de la défense batave et il fallait un tacle in-extremis de Heitinga pour contrer la tentative de Villa. Sur le corner suivant, Ramos se retrouvait seul au point de pénalty mais enlevait trop sa tête (77ème).

Voyant le jeu espagnol reprendre des couleurs, Van Bommel décidait de durcir à nouveau le jeu et martyrisait la cheville d’Iniesta qui se faisait justice lui-même en poussant le Néerlandais dans le dos. Malgré la simulation navrante de Van Bommel, le meneur du Barça aurait pu être expulsé sans que l’on ait à rougir. Mais ce ne fut pas le cas tandis que Van Bommel ne se voyait pas non plus infliger un carton supplémentaire tout aussi mérité mais synonyme d’exclusion (79ème).

L’Espagne n’abandonnait cependant pas la maîtrise du jeu et continuait de croire en son style. Devant la fatigue ressentie par les Hollandais, c’est Iniesta qui déposait cette fois-ci Heitinga d’un contrôle orienté et il fallait l’intervention improbable de… Sneijder pour sauver les buts de Sketelenburg (82ème). On pensait alors la Roja intouchable… Mais sur un contre, Robben profitait de la déviation de la tête de Van Persie pour partir seul au but. Ceinturé par Puyol, il restait malgré tout sur ses jambes avant d’effacer Piqué mais il n’avait le temps de prévoir la sortie d’un Casillas très concentré (85ème). Là aussi, la faute de Puyol méritait sans doute un second jaune. Si l’on récapitule, on aurait dû théoriquement en être à deux rouges de chaque côté (Van Bommel et de Jong côté hollandais ; Iniesta et Puyol pour l’Espagne). Mais ce qui est sûr, c’est que la chronologie compte beaucoup, les Bataves ayant commis leurs deux irrégularités inexcusables en première période…

Quoi qu’il en soit, le jeu s’est étiolé devant la qualité de la défense des deux équipes. Côté hollandais, il faut tout de même souligner cette capacité à faire mal qui n’a pas sa place sur un terrain de football. Et le pire, c’est que Van Marwijk disait en conférence de presse d’après-match qu’il n’y avait aucune consigne en ce sens. Impossible d’y croire.

Un final haletant, plus ouvert et conclu par Iniesta le Malicieux (90ème – 120ème)

Source : Sudouest.fr

Lorsque les stigmates de l’effort se voient sur les visages des joueurs, la rigueur tactique cède souvent le pas à la qualité technique intrinsèque des joueurs. Dans les faits, c’est même la fatigue qui permet de voir le réel fond de jeu d’une équipe. Et, sans surprise, c’est bien l’Espagne qui a complètement dominé les prolongations.

Si à mon sens, à la 93ème minute, ni Fabregas, ni Villa, ni Iniesta n’ont été arrêtés de manière illégitime par de Jong et Heitinga, l’Espagne s’est procuré, deux minutes plus tard, une réelle occasion nette par Fabregas, rentré à la place de Xabi Alonso (87ème). Bien lancé en profondeur, le meneur d’Arsenal laissait néanmoins Sketelenburg sortir trop près de lui et le tir butait sur le pied du portier (95ème). Les Pays-Bas répliquaient dans leur registre. Sur un corner obtenu par Robben, une fois encore grâce à un exploit personnel, Mathijsen manquait de peu d’ouvrir le score de la tête (96ème).

Mais ensuite, les actions s’enchaînèrent. Puyol voyait sa tête passer au-dessus sur un corner de Xavi (98ème) puis Iniesta s’emmêlait les crayons au lieu de tirer (99ème) avant que Navas ne soit à la conclusion d’un superbe mouvement axial entre Fabregas et Villa. La frappe de l’ailier droit espagnol était cependant contrée par Van Bronckhorst au dernier moment (101ème). Fabregas, encore lui, choisissait ensuite de prendre seul la profondeur, déposant quatre joueurs par sa vitesse de percussion mais son tir à ras de terre passait, là encore, à côté des montants de Sketelenburg (104ème).

L’Espagne avait clairement pris l’ascendant et à la 109ème minute, cela se traduisait par une exclusion un peu litigieuse. En effet, Iniesta provoquait l’expulsion d’un Heitinga exceptionnel durant ce match. Je dis « provoquer » parce que la faute du central droit des Pays-Bas n’était pas si évidente. Le second carton jaune venait malgré tout sanctionner l’ensemble d’un comportement à la limite du jeu de la part des Bataves. Trois minutes plus tard, le même Iniesta simulait cette fois-ci très clairement et Van der Wiel écopait d’un jaune (112ème).

Alors qu’il avait clairement été la proie des prédateurs hollandais durant tout le match, Iniesta avait choisi de répondre sur le même terrain. Non pas en commettant lui-même des fautes odieuses mais bien en tombant dans l’antijeu de la simulation. Difficile pour autant de fustiger le Barcelonais tant la rugosité du jeu hollandais avait été manifeste. Evidemment, on regrettera peut-être que M. Webb n’ait pas expulsé un Hollandais en première période mais comment lui en vouloir ? En excluant un joueur, il aurait clairement tué la finale. Il a donc équilibré en ne sanctionnant pas plus Iniesta et Puyol en deuxième période. Le second jaune pour Heitinga était sans doute trop dur, d’autant plus qu’il était le maillon essentiel de la défense hollandaise, mais il venait sanctionner l’intention de faire mal qui transpirait du jeu batave depuis le début du match.

Quatre minutes plus tard, alors qu’Iniesta avait pris le poste d’avant-centre depuis la sortie de Villa (106ème), il se retrouvait seul au milieu de cinq Hollandais. A la suite d’un mauvais dégagement de Van Der Vaart redescendu défendre dans l’axe gauche pour suppléer Mathijsen déjà à droite, Fabregas pouvait décaler Iniesta dans la surface. Le « Malicieux » contrôlait et expédiait sa demi-volée au fond (photo, 116ème).

Source : Lefigaro.fr

Au terme de ce véritable « drame » manichéen, les méchants Hollandais perdaient de manière assez logique tant leur jeu offensif, comme durant le reste de la compétition, a laissé à désirer.

Lorsqu’on s’appuie sur un grand réalisme, il se peut que le jour j, ça ne passe plus. C’est ce qui s’est passé avec Robben (62ème). De son côté, l’Espagne a joué son jeu, répondant à la violence batave par une certaine dureté puis par de la malice. Torres et Capdevila avaient déjà prouvé qu’ils étaient bons acteurs, Iniesta est désormais l’un des leurs. Mais à la différence des deux joueurs précités, il est selon moi l’artisan du renouveau espagnol durant cette Coupe du Monde. Il y a bien eu une Roja sans lui contre la Suisse et une avec lui après. Sa complémentarité frisant la gémellité avec Xavi m’a encore procuré des sensations inouïes, notamment sur le but marqué contre le Portugal. C’est cette compréhension naturelle, hors-normes et sans pareille dans les autres équipes, qui est à l’origine du génie espagnol et de sa capacité à conserver le ballon.

En somme, l’Espagne a grandi. Si elle avait dominé par le jeu l’Euro 2008, elle avait déjà montré les premiers signes d’une immense rigueur en demi-finale contre la Russie et en finale face à l’Allemagne. En Afrique du Sud, il y aura surtout eu cette rigueur puisque la Roja n’a tout simplement pas encaissé un seul but des huitièmes de finale jusqu’en finale. Elle n’a certes marqué qu’une fois contre chaque adversaire au cours de ces matchs mais elle a dominé tous ses grands adversaires : Portugal, Allemagne et Pays-Bas. Finalement, c’est un Paraguay regroupé derrière et présent dans l’axe qui l’aura fait le plus douter.

Il ne reste plus qu’à féliciter le football espagnol, qu’il s’agisse de la Roja ou du Barça, qui nous offre un spectacle d’une grande qualité depuis trois ans maintenant. Bravo à eux, ce sont de beaux champions !

Roland Richard
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