Il est des jours où l’on se pose sérieusement des questions sur le quotient intellectuel des joueurs de football. Si, si ! Il arrive même aux fans de foot de s’interroger sur l’intelligence de leurs stars. Et comme le disait Bixente Lizarazu au soir d’une grève historiquement absurde des joueurs dimanche 20 juin, « l’image des footballeurs n’était déjà pas bonne mais alors là… » et ça ne s’arrange pas.
Après que Thierry Henry, Patrice Evra, Eric Abidal et Florent Malouda se sont expliqués durant les jours passés et que la langue de bois des footballeurs a atteint un niveau de maîtrise inégalé, William Gallas (à gauche sur la photo) a choisi de changer de registre pour se rouler dans une fange aussi nauséabonde que grotesque. Le grotesque, c’est quand vous riez jaune. Et moi, j’ai bien ri jaune en achetant L’Equipe jeudi.
Préférant habituellement l’analyse approfondie au pamphlet ou aux discours critiques, j’avoue n’avoir pas pu résister cette fois-ci. Voici un petit florilège des extraits de cet interview accordée aux Inrockuptibles et relatée par le quotidien sportif.
W. G. : « Je n’ai pas été bon, on n’a pas été bon. Mais le coach n’a pas été bon non plus… » En plus du caractère tautologique d’une assertion qu’il aurait été absolument impossible à effectuer sans cet interview, c’est l’unique trace d’autocritique laissée par l’ex-défenseur talentueux des Bleus ! En trois phrases, ce commentaire se veut lapidairement efficace. On cherche même le sens caché de la phrase qui pourrait nous ouvrir l’esprit comme les Lumières en leur temps. On guette le discours entre les lignes. L’indicible vérité qui ne pourrait être affirmée qu’à demi-mots. Mais tout à coup, cette vérité implacable nous apparaît : tout le monde a juste été mauvais…
Mais loin de s’arrêter en si bon chemin, William tente d’expliquer l’inexplicable en donnant du grain à moudre à tous ses détracteurs. Lorsqu’on lui demande de justifier son doigt d’honneur adressé à David Astorga, le journaliste de TF 1, il renverse définitivement l’opinion en sa faveur en annonçant que « ce n’était pas gratuit. J’ai eu des différends avec ce journaliste. » En résumé, un différend, un majeur. Logique. Surtout en public.
Si bien parti pour rejoindre ses comparses vers le sommet des Cinq Idiots mais avec la palme du plus stupide, ce flot ne s’interrompt plus et cela deviendrait presque rigolo si ça n’était pas si pathétique… Samedi midi, alors que L’Equipe a sorti son numéro à sensations avec les insultes de Nicolas Anelka en une, Gallas et son troupeau d’amis cherche une solution : « On pense que Nico doit discuter avec le coach. Nico est d’accord. Alors, on cherche le coach mais il n’est pas là. On le cherche partout. » Mais où peut-il bien être ?? « Au bout d’une heure, on monte et on le trouve assis à l’étage. » Rama Yade avait bien souligné par ses critiques le luxe de l’hôtel Pezula (photo) et on imagine sans peine que le rez-de-chaussée doit être grand. Mais tout de même.
Envisagez la scène ! Quelques mecs habillés de bleu qui cherchent leur coach au rez-de-chaussée. Puis, après une heure passée à fureter, ils demandent à Gourcuff : « Eh toi l’intello ! T’as pas une idée ? » Ayant peur de se faire fracasser sa gueule d’ange par la tronche de cerbère de Ribéry, le Girondin hésite puis, timidement, lâche « le coach, il est peut-être juste là haut … » Et là, y a la brochette des génies -Ribéry, Anelka, Evra, Gallas, Abidal, peut-être même Henry pris dans le mouvement-, « C’est pas con… on y va. ». Lorsque Domenech voit arriver la bande à neuneus, il doit bien se marrer parce que jouer à cache-cache avec ces mecs-là, ça doit pas être compliqué. Là, il refuse bien sûr de leur parler puisque la décision est déjà prise : Anelka est exclu du groupe par la Fédé. Domenech aurait alors expliqué qu’il aurait fallu qu’Anelka dialogue avec lui pour que son destin soit différent. Et là, Gallas ne comprend rien, encore une fois : « Le coach a expliqué que ce n’est pas l’insulte qui a provoqué l’exclusion mais le fait qu’il n’y ait pas eu de dialogue après… Alors que c’est lui qui a refusé. » D’un, Domenech n’a jamais dit que c’était l’absence de dialogue qui avait causé l’exclusion d’Anelka mais le fait qu’il y ait eu une fuite médiatique. De deux, Domenech a refusé de dialoguer quand la décision était déjà prise (une fois les branques arrivés enfin à l’étage !). Le dialogue aurait dû se faire après le match, ce qu’Anelka n’a évidemment pas proposé de faire puisqu’il était trop occupé à sourire dans les douches… du moins le dit-on. Donc Gallas confond même temporellement les informations… Le dialogue avec Nicolas Anelka étant absolument inutile une fois le joueur viré de la sélection. Mais non, Gallas maintient que c’est le coach qui a refusé de parler…
La meilleure est évidemment pour la fin du week-end. En plus d’être un joueur pas fute-fute qui éprouve les pires difficultés, ne serait-ce qu’à se repérer dans le temps, il devient l’un des « caïds » dont parlait Roselyne Bachelot, dans un emportement d’ailleurs aussi démagogique qu’irresponsable à l’Assemblée Nationale le mercredi suivant. Dimanche, dans ce fameux bus de « grévistes » (photo), indignes d’ailleurs de porter ce nom, il y a bien eu une menace latente.
« Dans le bus, commence une discussion. Le coach essaie de nous dissuader de boycotter l’entraînement… Et là, j’insiste là-dessus, on demande à tout le monde : ‘‘Qui veut descendre ? Qui veut aller s’entraîner ?’’ Personne ne se lève. Et personne n’a le couteau sous la gorge. » Ce qui me fait marrer, c’est que j’imagine quasiment la scène où Franck Ribéry, après avoir lamentablement pleurer sur le plateau de Telefoot le matin-même, fait couler celles de Yoann Gourcuff d’un regard noir. Car comment imaginer que des gars comme Toulalan, Lloris, Gourcuff ou Sagna n’aient pas eu envie de s’entraîner ? et surtout n’aient même pas émis l’hypothèse. La version de Gallas pue non seulement le travestissement de la vérité mais aussi la violence au moins verbale que ces joueurs pouvaient insuffler dans ces « discussions ».
Dans ce ramassis de stupidités qui ne font rire qu’un temps, on ne peut que constater deux choses. La première c’est qu’enfin on a des éléments tangibles, mais c’est malgré les joueurs. La seconde, c’est que « Gallas » deviendra bientôt le synonyme de l’adjectif « faible ».
Faible dans sa communication puisqu’après avoir refusé de parler à la presse pendant près de deux ans, il s’étend d’une manière excessivement maladroite sur son malheureux vécu de star à qui tous les soins et toutes les attentions ont pourtant été octroyés. Je passe le doigt d’honneur.
Faible aussi dans son attitude puisqu’en tant que cadre, il n’a jamais su dire ses quatre vérités à Raymond Domenech autrement qu’une fois le fiasco sud-africain passé et dans un journal qui n’a rien à voir avec le sport : « Je pense que la rupture a eu lieu il y a des années. Après l’échec de l’Euro 2008… Les joueurs n’avaient plus leur mot à dire. Je crois que les cadres n’étaient plus écoutés. » Etait-il vraiment un « cadre » puisque Thierry Henry, Patrice Evra et Franck Ribéry ont été entendus lorsqu’ils ont soutenu Domenech après l’Euro 2008. Pas lui vraisemblablement. A-t-il seulement parlé ?
Faible ensuite car lâche puisqu’il a participé de cette mascarade du bus qu’on essaie de nous faire passer pour une décision démocratique de groupe.
Faible enfin parce qu’étymologiquement, le mot vient du verbe « flere » qui signifie « pleurer ». En effet, Gallas conservera l’image d’un chouineur, celui qui « écrit » dans son livre (!) que voir Nasri piquer la place de Henry dans le bus des Bleus en 2008 a été l’image symbolique d’un changement irrespectueux des mentalités des jeunes joueurs… Quelle bonne blague quand on voit l’irrespect dont ce mec fait preuve vis-à-vis des journalistes, d’Arsène Wenger et maintenant d’un Raymond Domenech sur qui, décidément, tout le monde a choisi de tirer…