Nadal, dieu sur terre !

Le Mardi 08/06/2010 à 11:14

Dimanche après-midi, dans la grisaille parisienne, Rafael Nadal a conquis son cinquième titre à Roland Garros contre Robin Söderling en deux heures et dix-huit minutes. Une rencontre soldée par un sévère 6-4 ; 6-2 ; 6-4 qui ne reflète pas complètement l’intensité avec laquelle le Suédois a bataillé. Retour sur cette finale messieurs surpuissante qui a mené Nadal à son cinquième titre Porte d'Auteuil.

En battant Söderling, Nadal a remporté le Grand Chelem rouge…

Source : Lefigaro.fr

C’est l’une des plus belles pages de l’histoire du tennis que vient d’écrire dimanche le taureau furieux espagnol sur la terre battue du Court Philippe Chatrier. Le Grand Chelem rouge. Quatre mots improbables dont l’association fait rêver tous les amateurs de terre et tous ses spécialistes. Quatre mots pour quatre tournois. Monte-Carlo, Rome, Madrid, Roland Garros. Si l’Espagnol les avait déjà tous remportés, il n’y était jamais parvenu la même année. C’est désormais chose faite.

Mais ce qui est encore plus incroyable, c’est l’apparente facilité avec laquelle le nouveau numéro un mondial (il l’est depuis lundi) a réussi à accomplir cet exploit. Car pour cela, il fallait remporter vingt-deux matchs consécutivement, cinq lors de chaque Masters 1 000 et sept lors du Grand Chelem qu’est Roland Garros.

Non seulement Nadal a réussi à défaire les vingt-deux adversaires qui lui ont été présentés mais il n’a, pour ce faire, perdu que deux petits sets. Le premier, ce fut contre Ernests Gulbis en demi-finale du Masters de Rome. La seconde denrée rare fut obtenue par Nicolas Almagro en demi-finale du Masters de Madrid.

Ces chiffres sont à la hauteur de l’exploit signé cette année puisque l’Espagnol a successivement battu : Juan-Carlos Ferrero, David Ferrer, Fernando Verdasco, Stanislas Wawrinka, Ernests Gulbis, John Isner, Gaël Monfils, Nicolas Almagro, Roger Federer, Lleyton Hewitt, Thomaz Belluci, Jürgen Melzer et Robin Söderling.

Lors de cette finale, ce dernier n’a effectivement rien pu y faire. Il a joué le tennis le plus puissant de la quinzaine, il a frappé plus fort que contre Federer et Berdych mais le Majorquin a tout renvoyé, ou presque. Sans broncher, le nouveau numéro un mondial a remis les coups de pétoire de son adversaire, parfois de manière improbable …

Une finale démesurément puissante

Source : Sport365.fr

Un premier set décisif…

Dans la première manche, c’est pourtant le Suédois (photo) qui se créa la première balle de break. A 1-1, il mit la pression sur Nadal en servant le plomb et en signant un jeu blanc. A 2-1 contre lui, Nadal semblait se crisper. Deux fautes directes en coup droit permettaient à Söderling de se procurer une balle de break méritée mais dont il ne sut pas profiter. Finalement, « Rafa » s’en sortait à bon compte. C’était le premier tournant du match. Car ce fut au tour du Suédois de sortir un coup droit pour offrir une balle de break. Söderling en effaça une première, en concéda une seconde puis s’effondra sur une montée au filet où Nadal expédia le premier boulet de canon en passing croisé de revers du match. 3-2 pour Nadal.

Jusque là, Söderling servait beaucoup mieux (72 % de premières) que son adversaire (62 %). Mais dès lors, l’arme majeure du Suédois s’effrita. Nadal confirma son break pour atteindre 4-2. Et alors que Söderling menait 40-0 dans le septième jeu, il commit sa première double-faute du match. Il n’en fallait pas plus pour un Nadal qui sait que ces occasions sont chères et rares. Il batailla comme un diable et se procura deux nouvelles balles de break. Mais le Suédois servit une fois de plus avec toute sa puissance pour s’en sortir et revenir à 4-3.

Cet engagement sauvé, le Suédois retrouva un peu de vigueur et tenta de déborder l’Espagnol, jouant véritablement à merveilles par instant. Ces coups à plat du fond du court mirent au supplice un Nadal relégué au rôle de défenseur. Grâce à cette pluie de coups surpuissants, Söderling se procura deux balles de débreak mais il en gâcha une avec une grosse prise de risque en coup droit. La seconde fut bien sauvée par un bon service de Nadal. C’était la dernière chance pour Söderling qui laissait s’envoler Nadal, 5-3.

Derrière, il effectuait trois mauvais choix, dont une nouvelle double-faute et Nadal disposait de trois balles de set. L’orgueil du Suédois repris le dessus et il servit à nouveau admirablement bien pour finalement remporter sa mise en jeu. A 5-4, l’Espagnol ne se posa pas de questions, varia très bien au service et s’imposa légitimement dans cette première manche où Söderling a beaucoup manqué. 6-4 en cinquante-cinq minutes.

Söderling fit illusion au début du second set puis s’épuisa, d’abord physiquement et ensuite mentalement

Source : Lexpress.fr

La construction d’une victoire se dessine malheureusement dès le premier set dans une finale. Du moins, c’est souvent le cas. C’est évidemment plus facile à soutenir lorsque le match est terminé. Mais au vu des occasions gâchées et de la débauche d’énergie, il est clair que Robin Söderling a plus que perdu la première manche durant la première heure de jeu.

Malgré cela, il resta sur la même dynamique dans la seconde manche, du moins au départ. Psychologiquement, le Suédois ne parut pas accablé. Enquillant les services lors de son premier engagement, il se procura à nouveau quatre balles de break sur celui de son adversaire. Mais une fois encore, il ne parvint à en convertir aucune. La faute à la défense exceptionnelle de l’Espagnol. A 1-1, Söderling ne se découragea pas et continua d’exercer une pression terrible en assénant un nouveau jeu blanc sur son engagement. Mais Nadal avait laissé passer l’orage. Avec notamment un service gagnant et un coup droit croisé monstrueux, l’Espagnol répliquait sans ambages. 2-2.

Le septième joueur mondial accusa le coup. Moralement bien sûr mais aussi physiquement. Les deux jeux qui suivirent fut non seulement les plus importants du match pour Nadal mais ils furent aussi l’expression de sa domination du jour. Un coup droit trop long de Robin, un contre spectaculaire de Rafa et un passing shot magistral du Majorquin vinrent confirmer la baisse de régime du Suédois. Comme dans le premier set, Nadal ne laissa pas passer sa chance et breaka à la première occasion. A 0-15, il opéra l’une de ses plus belles courses vers l’avant pour expédier un missile en lift croisé de coup droit… Menant 4-2, il poursuivit sa course en avant et obtint une balle de double-break lorsque, à 30-A, Söderling commit une nouvelle double-faute coupable. Nadal distilla à merveille son jeu et breaka une seconde fois. Il déroulait ensuite pour s’imposer 6-2.

Nadal enfonça alors le clou et profita de la déconcentration passagère de Söderling. Après le coup de mou physique du début du second set, la sortie de route mentale fut déterminante à l’entame du troisième. Prenant immédiatement le service du Suédois et confirmant sa mainmise sur le jeu, Nadal défendit la dernière occasion de débreaker qu’eut Robin Söderling et mena 2-0. Dès lors, il ne concéda plus aucune balle de break. Söderling trouva un second souffle mental et agressa à nouveau Nadal mais le broyeur espagnol était trop bien huilé et désormais trop confiant.

C’est logiquement qu’il faillit double-breaker le Suédois à 4-2. Le septième mondial s’en sortit au courage mais la télévision donna la statistique la plus impressionnante du match, celle qui permet de comprendre l’ampleur du niveau de jeu d’un Rafa invincible dimanche : après sept jeux dans le troisième set, Rafa avait servi 95 % de premières balles dans le court…

Un chiffre ahurissant, sans égal à ma connaissance. Rafa s’imposait finalement 6-4 et se jetait au sol, le visage tourné vers le ciel d’une terre qui l’avait rejeté l’an passé. Cette fois-ci, Rafa a pu renouer avec son univers et refaire de Roland Garros « su casa ».

Rafael Nadal est sans doute le premier défenseur polyvalent de l’histoire

Source : ATP

Lors des speeches officiels après la remise des trophées, Rafael Nadal a souligné la qualité du jeu de son adversaire rappelant qu’il avait joué le meilleur tennis de toute sa vie pour vaincre un Söderling qu’on voyait certes peiné mais pas abattu. Cette victoire, Rafael Nadal l’a construite tout au long du match et dans tous les secteurs du jeu.

Il a tout d’abord très bien servi et il a beaucoup plus tenté que d’habitude. En témoigne son chiffre de premières sur l’ensemble du match qui est sous la barre des 80 %, une anomalie quand on connaît la régularité avec laquelle Rafael Nadal s’applique à jouer son engagement. Cette anomalie est doublée d’une seconde : les sept aces qu’il a sus inscrire dans ce match. C’est la preuve de la variation phénoménale dont l’Espagnol a su faire montre pendant près de deux heures et vingt minutes.

Au contraire de Robin Söderling qui, avec 56 % de premières balles, a signé son plus mauvais ratio du tournoi. Or quand on sait l’importance que revêt sa première balle dans son jeu en raison de la puissance qu’il est capable de dégager, on a déjà posé une partie du problème auquel le Suédois a été confronté. Mais ce problème trouve un autre élément d’explication dans le pourcentage de points gagnés sur première : 65 %. Contre Federer, il avait gagné 74 % des points quand sa première balle passait. Idem contre Berdych avec un taux plus fort encore, 76 %.

Ceci permet de mettre en lumière la base de la victoire de Nadal : le retour de services. Certes Söderling a très bien retourné sur l’ensemble du match, spécialement dans le premier set. Mais Nadal fut tout simplement monstrueux dans ce domaine. Excepté Federer contre Roddick l’an passé en finale de Wimbledon, on n’avait pas vu depuis très longtemps quelqu’un capable de gagner un tiers des points sur la première balle d’un serveur pareil.

Néanmoins, au-delà du service sur lequel il convient toujours d’insister, particulièrement chez les hommes, singulièrement quand il s’agit de Söderling, il faut aussi souligner le fait que le natif de Tibro a beaucoup tenté et que cette fois-ci, c’est un peu moins rentré. Chez le Suédois, le coup gagnant est tellement proche des lignes qu’il peut rapidement se transformer en faute directe. Il en a encore commis 42, c’est autant que contre Federer alors qu’il avait disputé quatre sets et douze jeux de plus…

Mais comment en vouloir à Robin d’avoir voulu en « mettre plus » alors que Rafa ramenait tout, y compris des points impossibles. Le schéma de Söderling de pilonner le revers de l’Espagnol pour frapper lourdement sur son coup droit n’était pas mauvais. Mais on a vu hier Nadal effectuer des courses spectaculaires pour sauver des points. Et les coups de défense effectués par le numéro un mondial étaient tellement difficiles à jouer que Söderling a très vite été dépassé.

Enfin, il faut malgré tout souligner ce qu’on avait déjà pu constater lors de la finale dames. Il y a un changement du profil des joueurs et joueuses de terre battue. Nadal a beaucoup plus varié la longueur des échanges. Il ne s’est pas « contenté » de défendre du fond du court en courant comme un dératé. En cela, le match contre Almagro a d’ailleurs dû être spécialement bénéfique car il s’était déjà habitué à devoir casser le rythme d’un joueur surpuissant. Contrairement à Federer, Nadal a tout fait pour ne pas donner de rythme au Suédois. Il beaucoup varié les zones avec son lift avant d’effectuer un effet différent : un coup droit à plat ou un slice de revers.

Par ailleurs, il a aussi beaucoup fait courir Söderling, déjà fatigué de ses deux matchs dantesques aux tours précédents contre Federer et Berdych. En somme, Nadal a su développer des schémas courts pour s’économiser pendant les matchs. Ce n’est pas seulement en sortant Barcelone de son calendrier que l’Espagnol a préservé son corps. Il l’a fait pendant deux mois pendant les matchs eux-mêmes, en variant ses schémas de jeu, en variant ses coups, en bombant son lift tout en gardant la même puissance. Bref, en progressant.

Ce qui est sûr, c’est que Rafa sera très difficile à battre à Wimbledon car il ne sait plus seulement « utiliser » ponctuellement les schémas courts, il sait désormais alterner quand il faut schémas longs et schémas courts. Il fait désormais fi de son orgueil de stricte terrien lifteur du fond du court pour savoir abréger l’échange dès qu’il le peut. Il est tout simplement devenu polyvalent.

Comme Federer qui est devenu un meilleur terrien, Nadal est en train de devenir un meilleur joueur sur dur et sur gazon. Rendez-vous donc à Wimbledon pour, peut-être, le huitième titre de Rafael Nadal en Grand Chelem ou bien, moins surprenant mais tout aussi excitant, un dix-septième pour Roger Federer…

Roland Richard
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